USA et protectionnisme : bienvenue dans l’ère industrielle selon Trump

USA et protectionnisme : bienvenue dans l’ère industrielle selon Trump
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Donald Trump brandit régulièrement l’arme redoutée du protectionnisme. De quoi inquiéter les partenaires commerciaux des États-Unis, en Europe où le pays de l’Oncle Sam reste un débouché très porteur.

Le nouveau président des États-Unis, qui a prêté serment le 20 janvier dernier, a pris l’engagement de protéger l’économie américaine par une série de mesures protectionnistes. Donald Trump assure en effet que la restauration des barrières douanières permettra de doper l’industrie américaine, de créer 25 millions d’emplois sur dix ans et d’atteindre 4 % de croissance annuelle.

Mais quelles mesures précises vont être prises ? Avec quelle ampleur ? Et visant quels partenaires principalement ? Autant de questions auxquelles il paraît difficile de répondre aujourd’hui, tant que la nouvelle administration américaine n’est pas en place. Pour autant, on peut rappeler que les États-Unis, la France et l’Union européenne étaient en pleine négociation sur le traité transatlantique (TAFTA ou TTIP), mais que les discussions étaient à l’arrêt… Ou presque.

En toute logique, l’arrivée de Donald Trump devrait briser définitivement les rêves de ceux qui souhaitaient la mise en place de ce traité. Ceci étant dit, vu les difficultés des pays de l’Union européenne et du Canada à signer le CETA, un accord commercial entre les deux zones économiques, pourtant bien moins libéral que le TAFTA, on peut imaginer que la signature de ce dernier aurait pris de toute façon beaucoup de temps. Et ce, même si Hillary Clinton était arrivée en tête des élections américaines.

Dans ce contexte, il y a fort à parier que les États-Unis ne devraient pas durcir leurs relations commerciales avec les pays qui sont aujourd’hui leurs principaux partenaires commerciaux. C’est en tout cas ce qu’estiment la plupart des observateurs économiques…

Des inquiétudes

Mais, pour d’autres, la perspective de voir Donald Trump appliquer entièrement son programme reste malgré tout bien réelle. Le commerce international risquerait alors d’en pâtir, et donc l’activité en Europe et en France. Les entreprises qui exportent ou produisent directement aux États-Unis sont, notamment, particulièrement inquiètes face aux mesures annoncées. Concernant les relations avec la France, il faut rappeler que les États-Unis restent le deuxième partenaire commercial du pays après l’Allemagne. En 2015, selon le rapport de Business France, les exportations françaises à destination des États-Unis s’élevaient ainsi à 32,7 milliards d’euros contre 71 milliards vers l’Allemagne. Les importations américaines vers la France représentaient, quant à elles, la même année, 35 milliards d’euros. De même, près de 2 500 entreprises françaises sont implantées aux États-Unis et participent à l’augmentation des richesses américaines, notamment par la création d’emplois.

1 500 entreprises américaines sont de leur côté installées en France. Elles sont, selon le rapport annuel de Business France, les principaux investisseurs étrangers en France en 2015 avec 176 projets d’investissements et 10 783 emplois. Mais les craintes de certains observateurs découlent également des effets plus larges d’une politique protectionniste telle que préconisée durant sa campagne par le 45e Président des États-Unis. Ainsi, selon une étude de l’Institut Oxford Economics, l’économie américaine devrait, en cas de mise en place des mesures énoncées par Donald Trump, se contracter de 1 000 milliards de dollars d’ici à 2021, avec une croissance proche de zéro d’ici 2019. Des perspectives peu engageantes, avec des conséquences aux États-Unis et par contrecoup dans le monde entier.

De même, selon Citigroup, la victoire de Donald Trump pourrait impacter le PIB mondial de 0,7 à 0,8 point de croissance et plonger l’économie en récession. «La politique de Donald Trump semble donc promettre une grande période d’incertitude qui affectera la consommation et l’investissement des États-Unis, mais aussi ailleurs dans le monde», selon l’établissement financier. En effet, si la baisse d’impôt annoncée devrait redonner du pouvoir d’achat aux ménages et des marges de manoeuvre aux entreprises, avec pour hypothèse une relance de l’activité économique et du marché de l’emploi, cette mesure reste contestée et creuserait le déficit public du pays déjà conséquent, d’autant plus que Donald Trump a également promis une baisse de 1 % par an du budget fédéral. Enfin, concernant la remise en cause des traités de libre-échange et l’instauration de barrières douanières, là aussi les craintes sont grandes. Celles-ci risquent en effet, notamment, de renchérir les produits américains et donc de handicaper à la fois leurs exportations et leurs importations, provoquant une baisse de l’activité économique. De telles décisions sont susceptibles de peser sur le commerce international et donc la croissance mondiale, déjà en situation de fragilité.

Pas de retour en arrière

«Je ne crois pas que l’élection de Donald Trump aux États-Unis va radicalement renverser la tendance engagée à l’accroissement des échanges internationaux», plaide de son côté le Français Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). «La corde de rappel, ce sera le Congrès. Il veut renégocier l’Alena ? Ça tombe bien  : le Mexique et le Canada le souhaitaient aussi. Les négociations prendront quatre ou cinq ans.» Le temps de voir… que le grand bouleversement annoncé n’aura pas lieu. «Je n’ai pas de grosse inquiétude non plus du côté de l’Europe, poursuit Pascal Lamy. Le contexte politique général va certes provoquer des turbulences autour du traité CETA signé avec le Canada, mais il n’y aura pas de retour en arrière.»

En revanche, en élargissant le spectre des prospectives, d’autres observateurs pointent les conséquences d’un éventuel repli du dollar si la Réserve fédérale décidait de modifier sa politique monétaire et renonçait à relever ses taux. Cette situation contribuerait en effet à une forte baisse du commerce mondial, dont la France et l’Europe subiraient les conséquences, les États-Unis étant le deuxième exportateur et le premier importateur mondial selon l’Organisation mondiale du Travail (WTO). À ce jour, force est donc de constater que les incertitudes et interrogations restent grandes sur les mesures qui seront ou non appliquées par Donald Trump après son investiture. Celui-ci devra en tout cas composer avec l’administration présidentielle ainsi que le Congrès américain, qui pourrait ne pas laisser passer certaines décisions, notamment celles qui aboutiraient à une explosion de la dette américaine…

Wait and see

«Entre les effets d’annonce et la réalité des faits, il faut être prudent.» Pour Jérôme Akmouche, directeur du SNDec (Syndicat national du décolletage), les États-Unis restent «un marché important. Nous avons plusieurs entreprises qui y sont implantées, mais, surtout, d’autres, installées au Mexique qui commercent avec les États-Unis. Dans ce contexte, nous ne savons pas, à ce jour, quel pourrait être l’impact d’éventuelles mesures protectionnistes, dont nous ne connaissons de toute façon pas la teneur, sur ces sociétés au Mexique qui fournissent des clients américains». «Il ne faut pas oublier, dans les circonstances actuelles, que des accords internationaux existent et qu’ils doivent être respectés. S’ils doivent être revus, cela ne se fera pas du jour au lendemain», souligne encore Jérôme Akmouche.


Par Cyril Bellivier

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