Ski alpin et innovation : imaginer le ski facile pour booster les ventes.

Ski alpin et innovation : imaginer le ski facile pour booster les ventes.
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Le dénominateur commun des fabricants pour inciter les skieurs à renouveler leur matériel : innover encore et toujours pour créer des produits polyvalents, performants, légers… Équation d’autant plus dificile à résoudre que le marché de la location attire 60 % du volume des ventes.

Pourquoi le renouvellement du matériel n’intervient-il que tous les 5,1 ans chez les skieurs alpins (étude Fifas – mars 2016) ? Bonne question ! Sur les 400 000 paires de ski vendues en France par an (marché stable depuis 2011), presque deux tiers du volume sont destinés aux parcs de location qui changent annuellement leurs skis performants et tous les trois ans leurs skis basiques, avec un cahier des charges spécifique, pointant la robustesse en ligne de mire.

Génération zapping : un frein à l’achat

Côté profils, la population des skieurs alpins a vieilli, toujours selon l’étude Fifas : 44 % pratiquent le ski depuis plus de 20 ans. Les moins de 30-35 ans skient plusieurs fois dans l’année mais sont des consommateurs ‘‘zapping’’ qui veulent tout essayer pour varier les plaisirs : ski alpin, outdoor, snowboard… Et 47 % des skieurs tous âges confondus viennent en court séjour ou à la journée, 43 % une semaine mais ne souhaitent pas investir. Côté famille, la croissance des juniors est aussi, mais ce n’est pas nouveau, un véritable frein à l’achat de matériel. « La tendance en France est aujourd’hui à la location, où l’on trouve des skis très performants, adaptés aux besoins des skieurs qui s’affranchissent ainsi des contraintes de stockage, transport et entretien, surtout pour six jours par an », rappelle François Barbier, responsable commercial chez Salomon France.

Une alternative pourrait venir de Décathlon avec sa paire de skis/ fixations Wed’ze à 149 euros pour atteindre une population qui ne demande qu’à skier ‘‘loisir’’ occasionnellement, « alors que le prix moyen d’une paire de skis en France se situe à environ 400 euros », souffle Yann Laphin, directeur de la communication chez Dynastar & Rossignol. « Notre philosophie est de rendre cette activité accessible à tous. Le ‘‘Boost 300 Archtec’’ est principalement conçu pour débuter, il aide à progresser et accompagne l’évolution du pratiquant. Il est affiché à un prix attractif, car nous avons revisité le procédé de fabrication de A à Z », explique James de Saint Julien, chef de produit chez Wed’ze, marque ski- snowboard du groupe nordiste.

De l’enquête Fifas (mars 2016), émerge le nouveau credo des pratiquants : le ski-plaisir. Aux fabricants d’imaginer le ski facile !

La nature parmi les signaux faibles

François Barbier s’interroge : « comment financer recherche et développement dans ces conditions ? Nos budgets sont stables ! Nous rencontrons tous les mêmes problématiques de coût de production. L’exploit est de taille pour sortir un ski à ce tarif, à nous de revoir éventuellement notre process ? » On observe par ailleurs les signaux faibles d’une tendance ‘‘nature’’ poindre dans notre société consumériste. S’affranchir des contraintes d’utilisation des remontées mécaniques ‘‘hors foule’’ serait un petit plus pour ces adeptes de sport (mais pas trop) pour se donner l’illusion d’être seul au monde dans ce beau paysage blanc. Le salut viendrait-il du ski de randonnée et de l’outdoor, secteur en pleine croissance (9 % à 10 % des parts de marché en 2016) ? Possible ! Car si les skis de course offraient jusqu’à présent leurs innovations aux skis les plus performants, c’est aujourd’hui le ski de randonnée qui sert de laboratoire.

Ski de randonnée : le nouveau laboratoire

Les bénéfices techniques des skis de randonnée touchent la gamme des skis alpins qui progressent en légèreté sans perdre en performance. Ces progrès favorisent-ils l’apparition de nouveaux clients ? Réponse de François Barbier : « Les femmes, principalement, réclament de la légèreté. Skieuses, mais moins que les hommes, les voici “comblées”. On gagne jusqu’à 40 % de poids sur une chaussure, 25 % sur un ski alpin. On a pris les devants par rapport au monde du snowboard qui a peu évolué techniquement et stagne à 9 % d’utilisateurs. Le ski de randonnée ‘‘outdoor’’ attire de plus en plus de skieurs, à nous de transposer ce savoir-faire au ski alpin. »

Les fabricants rivalisent d’ingéniosité pour imaginer des produits encore plus aboutis techniquement. Chez Dynastar, le nouveau cycle de développement porte une signature : le ‘‘Powerdrive’’, pour que puissance et confort ne soient plus antinomiques. La puissance nécessite des matières rigides, le confort, des matières plus élastiques. Trois matériaux sont mixés et interagissent. Le plus doux au milieu joue le rôle d’amortisseur et évite le cisaillement vertical, d’où un toucher de neige plus soft, qui gomme les aspérités de la piste et rend le ski plus facile.

Denis Levet, responsable marketing chez Salomon, est à l’affût des nouvelles pratiques : « Pour amener de nouveaux clients vers le ski alpin, il faut le rendre plus excitant, apporter un surplus de sensations : tout le monde rêve de skier, on veut découvrir la montagne autrement, par la randonnée, on peut démocratiser cette pratique. Ces skieurs aiment la nature, les terrains de jeu vierges, le fun. On leur propose des skis et des chaussures hyper légers, intégrant des matières tissées lin et carbone, issues du ski de randonnée, aussi performants à la descente qu’à la montée. »

Quand le ski de rando inspire les innovations technologique en ski alpin… Crédit photo : Jérôme Bon.

Amener les performances de légèreté aux parcs de location

Chez Rossignol, on joue la ‘‘transparence’’, en affichant les composants par une fenêtre translucide sur le ski, ultime argument de vente : les skieurs passionnés adorent montrer les composants de leurs skis. Le best-seller de la gamme (n°1 aux USA), le Soul7, a rendu accessible tous les terrains à tous les skieurs : muni d’une nouvelle fibre carbone-basalte pour la rigidité, ses spatules sont allégées grâce à l’emploi de ‘‘nid d’abeille’’ apparent (alvéoles), qui place son centre de gravité sous les pieds et le rend joueur.

Autre tendance : les semelles des skis alpins deviennent très larges et offrent une polyvalence inédite : de 70 à 85 mm pour la piste, on passe à 106 millimètres. De quoi éviter de longues heures d’apprentissage et faciliter l’accès à la poudreuse. Tous ces équipements performants garnissent aujourd’hui aussi les parcs de location. Yann Laphin remarque toutefois fort à propos : « même si les consommateurs ont accès à une offre de location très riche, les passionnés voudront toujours posséder les meilleurs skis, les plus innovants. Le taux de renouvellement découle aussi de cet équilibre entre les deux phénomènes. » Et il enchaîne : « notons la success story du ski de freerando Mythic lancé en 2016, à un prix haut de gamme (849 €) ».

Mais Rossignol est allé plus loin avec ses skis ‘‘connectés’’. Un capteur se fixe sur les chaussures et enregistre inclinaison en virage, force centrifuge, vitesse, passages carre à carre. Un outil développé en collaboration avec Piq, start-up franco-suisse qui propose, grâce aux objets connectés, de faire ressortir ce que les sportifs font de bien, sur le Smartphone qui restitue les données : vous avez dit “branché’’ ? Et pour le futur ? « Dès le salon Ispo 2017, sourit Yann Laphin, on pourra à nouveau parler innovations : Rossignol apportera de grosses nouveautés sur un segment clé. »

Pour les “skis connectés” de Rossignol, « le capteur se place sur la chaussure et le smartphone enregistre les acquisitions de données (vitesse, dénivelé skié…) », explique Yann Laphin.

Réinventer le process de fabrication pour gagner en coût de production !

En proposant cet hiver un ski évolutif neuf à moins de 150 €, l’équipe du centre de recherche Décathlon de Passy (74) réussit une prouesse technologique après six ans de R&D. Le Boost 300 Archtec est composé de plusieurs couches, comme un ski traditionnel mais son process de fabrication a été réinventé pour gagner un temps précieux : 10 mn pour le fabriquer contre une heure en moyenne pour un ski classique ! D’où un coût de production bien moindre ! James de Saint Julien, chef de produit ski chez Wed’ze, détaille : « carres et semelles sont préparées en amont, la fibre de verre est injectée dans un moule où est déjà gravé le design. Il n’y a plus qu’à farter les skis. »

Fabriqué au Portugal, dans une usine qui produit déjà du matériel de randonnée pour le groupe, le Boost 300 Archtec bénéficie d’un accueil prometteur. « Il a été pré-introduit en 2016 dans 15 de nos plus gros magasins et sur Internet : il démarre bien ! » Si aujourd’hui les moules sont chargés en fibre de verre, l’idée serait d’utiliser du carbone, plus rigide, et du lin pour gagner du poids. « Actuellement en phase de test, ce ski serait plus nerveux. La gestion des dosages est une savante alchimie pour comprendre jusqu’où aller, sachant que notre cœur de cible reste le plus grand nombre de skieurs. »

Plus d’innovation dans la chaussure que dans le ski ?

Denis Levet, responsable marketing chez Salomon.

La réflexion des consommateurs est liée à l’hygiène et au confort. Si, petits, ils ont chaussé une paire malodorante pour skier, ils achèteront leurs chaussures (60 % des skieurs) pour longtemps : 5 à 10 ans pour 57 % d’entre eux. Denis Levet, responsable marketing chez Salomon, détaille les axes d’innovation : « Le confort est l’attrait majeur dans la décision d’achat. Il faut donc que les chaussures soient ‘‘ fittées’’ : on moule les chaussures à chaque pied sur une machine spéciale, en 30 minutes, dans le magasin de sport où le client les achète. Ce ‘‘ fitting’’ artisanal a déjà séduit les skieurs de randonnée, confidentiellement en France. On tente de généraliser ce procédé dans les magasins. »

Gain de poids, économie et impact écologique, les fabricants y sont sensibles et optimisent la fabrication des coques. Chez Salomon, on réduit leur épaisseur. Le polyamide remplace le polyuréthane. Il en résulte des chaussures très dynamiques, légères et plus rigides. « Le challenge ? Baisser les coûts, ces matériaux sont chers, difficiles à injecter. Mais le résultat est là : la QST Pro pèse 1,6 kg en pointure 26,5. On peut marcher avec cette chaussure équipée d’une semelle antidérapante, échanger les patins grâce à sept vis, contre des patins de randonnée. » (2,0 kg pour une chaussure standard).


Par Anne Chantal Pauwels


Crédit photo : @Rossignol_Sindy_Thomas
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