La montagne française se développe en Asie

La montagne française se développe en Asie
3.8 (76.67%) 6 votes

Alors que les jeux olympiques d’hiver débutent à Pyeongchang en Corée du sud, les entreprises de la filière montagne visent déjà l’échéance suivante, à Pékin en 2022.

Avec les Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang, la Corée du Sud se retrouve sous les feux des projecteurs. Le pays du matin calme a déjà une tradition de ski puisque cette discipline s’est fortement développée au nord-est du pays, jusqu’au milieu des années 1990, avant de ralentir en raison de la crise économique de 1998. Onzième puissance économique mondiale, ce pays très montagneux compte 18 stations de ski, dont 16 sont équipées aux standards internationaux, et 3 millions de skieurs nationaux.

Le gouvernement compte profiter de l’effet JO pour dynamiser le ski auprès de sa population (6% de pratiquants) et accélérer la fréquentation des stations. Mais avec des stations équipées et une tradition de ski déjà implantée, les JO de Corée du Sud n’ont pas offert de débouchés significatifs aux entreprises françaises de la filière montagne. Qu’à cela ne tienne, nos champions locaux sont déjà mobilisés pour les prochains JO qui se tiendront à Pékin (Chine) en février 2022, et se positionnent au mieux sur un marché aussi porteur que concurrentiel.

« En Chine, nous avons affaire à une clientèle qui découvre le ski, explique Damien Lafaverges, directeur général. Il faut plus de pistes vertes et bleues, des larges et très sécurisées avec des remontées mécaniques dernier cri et très confortables.»

LA CHINE, VITRINE DU SAVOIR-FAIRE FRANÇAIS

La fréquentation des stations chinoises a été multipliée par 3,5 depuis 2006, selon le Cluster Montagne qui réunit les entreprises de l’aménagement et de l’équipement de la montagne. L’émergence d’une classe moyenne et le développement du tourisme nourrissent un véritable engouement national pour les sports d’hiver, et le gouvernement chinois a fixé un objectif de 300 millions de skieurs et de 1000 stations à l’horizon 2022.

La chine du ski

UNE CLIENTÈLE DE DÉBUTANTS EXIGEANTS

Dans ce pays où les stations de ski sortent de terre rapidement, la plupart des skieurs sont des débutants. L’expertise française est très prisée, mais les entreprises doivent s’adapter au contexte local. Le bureau d’études Abest Ingénierie, installé à Ugine avec 35 personnes, intervient pour développer des stations existantes et réalise 20 % de son activité hors de nos frontières. En Chine, il s’occupe actuellement de reconfigurer complètement la station de Changchengling, dans la région de Chongli, pour développer le ski touristique et y implanter un centre international d’entraînement de ski freestyle.

« En Chine, nous avons affaire à une clientèle qui découvre le ski, explique Damien Lafaverges, directeur général. Il faut plus de pistes vertes et bleues, des larges et très sécurisées avec des remontées mécaniques dernier cri et très confortables.»

Pour les fabricants français de ski et d’équipements de montagne aussi, la Chine est un marché prometteur. TSL Outdoor, leader mondial de la raquette à neige qui réalise 50 % de son chiffre d’affaires à l’export, y avance prudemment ses pions. En 2016, elle s’est rendue au salon ISPO à Pékin en tant que visiteur. Cette année, elle y expose. «Notre responsable Export a suivi une formation pour aborder ce marché, car c’est une culture totalement différente de la nôtre : comment négocier, quelles erreurs éviter, comment protéger nos brevets», relate Jean-Marie Lathuille, directeur marketing de TSL Outdoor. Le yooner, autre spécialité de la PME, a déjà des adeptes dans les stations de Wanlong et Thaiwoo.

Lumiplan Montagne, spécialisée dans les solutions de communication dynamiques et d’informations des skieurs, a également choisi de prendre son temps. La branche Montagne du groupe emploie 20 personnes à La Bathie. «Notre marché principal est en France, fondé sur l’innovation et la relation clients. Nous voyons que le ski chinois se développe, mais c’est une culture différente et un marché compliqué à aborder, pour une TPE telle que nous, met en garde Patrick Grand’Eury, directeur général de Lumiplan. Tant que nous n’avons pas une solution qui nous différenciera réellement, nous restons prudents. Nous n’allons pas vendre des écrans et des systèmes à leds aux Chinois ! À nous de trouver ce qui dans notre offre les intéressera : des systèmes de gestion des temps d’attente et de gestion des flux de skieurs, des applications mobiles pour faciliter le parcours client.» Les responsables se rendent cet hiver en Chine pour visiter les domaines skiables.

Avec trois olympiades hivernales organisées sur son territoire, la France possède des atouts majeurs sur le marché de l’aménagement des stations de montagne, avec une expertise reconnue au niveau mondial. Le développement du ski et du tourisme de montagne en Chine dans des stations dernier cri permettra de faire émerger de nouveaux pratiquants sur place, mais qui viendront aussi compléter la clientèle de nos stations françaises.

« EN CHINE, NOUS AVONS AFFAIRE À UNE CLIENTÈLE QUI DÉCOUVRE LE SKI. » Damien Lafaverges, directeur général d’Abest

Avalanche d’opportunités en Chine

Poma et la Compagnie des Alpes avancent leurs pions dans l’empire du milieu.

C’est à 175 kilomètres au nord-ouest de Pékin, dans la région de Chongli, que la station de ski Thaiwoo prend progressivement forme, depuis le début des travaux en avril 2014. Ce site accueillera des épreuves des Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022.

En février 2017, la société chinoise Beijing Raissun investment Co.ltd, propriétaire de la station, et Poma ont signé un contrat de partenariat stratégique, faisant du groupe savoyard le fournisseur exclusif de Thaiwoo Ski Resort pour l’ensemble des futures remontées mécaniques du domaine skiable. L’investissement prévu par Thaiwoo pour les remontées mécaniques s’élève à plus de 200 millions d’euros sur cinq ans.

Station de Thaiwoo.

Poma est le fournisseur exclusif de la station de Thaiwoo.

La filiale chinoise de Poma, ouverte en 2007 à Pékin, compte de plus de 100 collaborateurs et, pour optimiser l’entretien des remontées mécaniques, le groupe ouvrira un centre de stockage de pièces détachées dans la région de Chongli, avec des équipes dédiées à la maintenance des appareils de Thaiwoo. L’enjeu est de taille pour Poma qui réalise 73,8 % de ses 330 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’export, dont 80 millions d’euros en Chine. En outre, le marché crée de l’activité en France : lorsque le groupe vend un appareil en Chine, plus de 80% provient de Poma en France et de son réseau de sous-traitants régionaux, les 20% restant sont réalisés par la liale chinoise.

De son côté, la Compagnie des Alpes a signé un accord de collaboration avec Thaiwoo qui prévoit qu’elle assiste la station pour l’exploitation de son domaine skiable : réception et prise en main d’infrastructures de pointe, formation des équipes chinoises (damage, sécurité des pistes et du secours, exploitation des remontées mécaniques). Le numéro un mondial des remontées mécaniques et de la gestion de domaines skiables a également conclu un contrat d’assistance à la construction d’un ski Dôme à Shanghaï.


Par Dorothée Thénot


 

Partagez cet article sur vos réseaux sociaux !

PUBLICITÉ

ARTICLES LES + LUS :

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*