Législatives 2017 : notre analyse du 2ème tour

En préfecture, de Haute-Savoie comme de Savoie, les résultats complets sont très vite tombés dimanche 18 juin. A l’inverse du premier tour, le calme s’est imposé au soir du second, chacun mesurant le poids et les conséquences de la très forte abstention.

Tous les candidats, élus comme battus, ont déploré la vague d’abstention qui a touché le pays. Elle atteint 61,6 % des inscrits dans la quatrième circonscription de Haute-Savoie, et même 63,8 % dans la seconde circonscription de Savoie. Six électeurs sur dix ne se sont pas déplacés. Pour beaucoup, le principal enjeu de la période qui s’ouvre est dans ce désamour, ou cette indifférence, à la chose publique.

Pour le reste les pays de Savoie ont porté six députés La République en Marche à l’assemblée nationale et quatre députés Les Républicains. La parité est cette fois pleinement respectée avec cinq femmes et cinq hommes. En Haute-Savoie, quatre candidats sur six sont issus du mouvement du Président de la République Emmanuel Macron. Seuls, Martial Saddier dans la 3ème et Virginie Duby-Muller dans la 4ème, tous deux députés sortants sous l’étiquette LR, ont sauvé leurs sièges à l’Assemblée.

Etre en rupture

« Nous sommes dans un département riche où vivent aussi des gens modestes », a rappelé la nouvelle députée de la 1ère circonscription, Véronique Riotton, plébiscitée par les électeurs (64,32 %) devant la candidate LR, Annabel André-Laurent (35,68 %), soutenue par le député sortant et ancien président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer. « J’entends montrer ma capacité à être en rupture. J’ai été coach en ressources humaines, en charge de la transformation dans l’entreprise. Je m’appuierai sur cette expérience pour mettre en œuvre un grand projet, innovant » a-t-elle promis. Pour sa part, Annabel André-Laurent a confirmé sa volonté de poursuivre son engagement à la mairie d’Annecy et à la Région, fondé sur les mêmes valeurs de rigueur et de travail.

Pas le choix

« On n’a pas le choix, il faut réussir. Il faut qu’il y ait débat entre tous les parlementaires », considère Frédérique Lardet, élue de la 2e circonscription (53,60 %), face au député sortant Lionel Tardy (46,40 %), éliminé après deux mandats. « C’est bien que LR et d’autres ressortent de ce second tour avec de meilleurs résultats. Nous avons collectivement cinq ans pour redonner confiance aux Français dans la vie politique, et faire avancer les choses ».

Au bout d’un système

« On est bien remonté au second tour, mais cela n’a pas suffi », a pour sa part regretté Lionel Tardy, son challenger durement battu (46,40 %). « C’est une part très importante de ma vie qui se termine et je suis désormais au chômage. On verra ce qui se passera demain… Je ne sais pas ce que je vais faire car je ne me suis pas posé la question !» a-t-il ajouté. « La prochaine échéance est l’élection du secrétariat général de LR en octobre ou novembre », a-t-il précisé. « Beaucoup de gens ont été surpris par l’ampleur des résultats du 1er tour et se sont dit, c’est injuste au regard du travail fait, on va aller voter au second tour ! J’ai été soumis à la même vague que les autres mais je suis resté fidèle à ma ligne. J’ai dit que je voterai au cas par cas les réformes proposées par le nouveau Président, et je n’ai pas menti, je le ferai. Quand je dis quelque chose, je le fais !», a pour sa part expliqué le député sortant de la 3e circonscription, Martial Saddier.

Dans la 4ème circonscription, la députée sortante Virginie Duby-Muller (54,63 %) a devancé Laure Devin (45,17 %), candidate d’En Marche, qui n’a pas réitéré sa performance du premier tour. « LR devra se refonder et tirer les leçons d’anciennes pratiques. Nous allons travailler à la refondation du parti et, dès la semaine prochaine, à un changement des méthodes », a souligné la députée réélue du Genevois français. Dans la 5ème circonscription, Marion Lenne d’En Marche a elle aussi été élue (53,66 %), confirmant son avance du premier tour devant Astrid Baud-Roche (46,34 %), candidate de la droite non investie par LR.

Une abstention qui fait tâche

« La forte abstention, locale comme nationale, entache pour partie les bons résultats », a quant à lui estimé Xavier Roseren, nouveau député LREM de la 6e circonscription. Elu (56,51 %) face à la candidate LR et députée sortante, Sophie Dion (43,49 %), il a regretté le rôle joué par la presse nationale, qui durant toute la semaine de l’entre deux-tours a, selon lui, considéré l’élection comme « pliée » ! « Nous serons au travail dès demain, avec une vraie responsabilité, celle d’être élu de la nation », a encore déclaré le maire des Houches.

Savoie : deux partout

Deux députés Les Républicains, deux députés En Marche. A l’image de la France, la Savoie n’a pas concrétisé le raz-de-marée annoncé au soir du premier tour. Dans la troisième circonscription, Émilie Bonnivard a su remobiliser ses troupes dans l’entre-deux-tours, n’épargnant pas sa peine, notamment pour stigmatiser un concurrent selon elle « parachuté », aussi bien au plan géographique que politique. Son suppléant Michel Bouvard a lui aussi fait feu de tout bois, notamment pour déplorer une nouvelle fois l’imbroglio de la distribution des professions de foi. Stratégie payante :Émilie Bonnivard bat nettement Philip Vivier, avec 53,77 % des voix.

Mais le député LR le mieux élu des pays de Savoie est bien Vincent Rolland en Tarentaise, avec 57,17 % des voix. Son rival Philippe Troutot en prend acte mais ne regrette rien, ni son éviction de l’UDI, dont il était président départemental, ni sa non-investiture par le mouvement d’Emmanuel Macron.

Mettre de l’ordre

« Les Français ont voulu mettre de l’ordre dans les habitudes politiques. Ils ont dit leur ras-le-bol des pratiques d’un autre temps. Nous ne nous arrêterons pas là ! », assurait-il. Vincent Rolland de son côté abordait avec humilité son élection, la situant dans la lignée d’illustres prédécesseurs sur la circonscription, qui ont pour nom Hervé Gaymard bien sûr, mais également Michel Barnier et Joseph Fontanet.

Sans grande surprise, le candidat La République en Marche Patrick Mignola s’est imposé dans la quatrième circonscription de Chambéry et des Bauges, avec 55,71 % des voix face à Bernadette Laclais. Lui aussi a préféré jouer la modestie, assurant que les électeurs avaient voté pour Macron avant de voter pour lui. Dans cette circonscription très convoitée, l’élection laissera sans aucun doute des cicatrices qui seront longues à se refermer, à droite comme à gauche. Les deux camps ont abordé le scrutin profondément divisés. Patrick Mignola parviendra-t-il à réconcilier les points de vue ? Quelle suite Bernadette Laclais va-t-elle donner à sa carrière ?

Le mandat de trop ?

Le grand perdant du scrutin est sans conteste Dominique Dord dans la première circonscription. Il s’efface de peu devant la jeune Typhanie Degois, élue avec 50,76 % des suffrages contre 49,24 % au député sortant. Il briguait un cinquième mandat. Le mandat de trop ? Sur cette circonscription, il semble bien en effet que les électeurs aient eu avant tout envie de voir de nouvelles têtes. Choisie par les électeurs, Typhanie Degois est maintenant attendue sur le terrain.


Par Françoise Lafuma et Philippe Claret

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