Intrapreneuriat : comment captiver vos talents…

Intrapreneuriat : comment captiver vos talents…
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L’intrapreneuriat, vous connaissez ? Il pourrait s’agir d’une solution pertinente pour répondre à une envie de fonctionner en mode projet de la part de vos collaborateurs.

On ne peut pas ne pas l’avoir remarqué. Le rôle et le fonctionnement profond de nos entreprises évoluent, tout comme la place que cherchent à avoir les collaborateurs. Vous avez certainement déjà entendu ce discours : aujourd’hui, on ne reste généralement pas quarante ans dans la même entreprise. Le management change, lui aussi, pour tendre vers davantage d’horizontalité. Pour s’adapter à cette évolution, différentes options existent.

Le fab lab d’Ambérieu-en-Bugey s’est intéressé à celle portée par l’intrapreneuriat. « Il s’agit de la possibilité que donne un employeur à ses salariés d’entreprendre, de lancer un projet, une initiative économique, tout en restant salarié de l’entreprise », résume Philippe Garcin, dirigeant du cabinet In Homine, spécialisé dans l’accompagnement des mutations de modèles économiques. « L’intrapreneuriat suppose un certain nombre de prérequis, principalement la création d’un cadre qui donne la permission et la protection nécessaires », ajoute-t-il. Pour lui, le chef d’entreprise doit jouer son rôle en impulsant cette dynamique, et offrir le cadre inhérent à son épanouissement. « Il doit donner des preuves que l’intention est bienveillante et que le salarié sera aidé par l’employeur pour réussir son projet. La protection implique le droit à l’erreur si le projet ne se concrétise pas. »

Et Philippe Garcin de souligner la grande diversité dans la nature des projets intrapreneuriaux : cela peut être des projets ponctuels, comme une prise d’initiative permettant à l’entreprise de s’impliquer pour une cause humanitaire (collecte de jouets par exemple), « le premier niveau de l’intrapreneuriat », selon lui. Mais d’autres projets peuvent être (beaucoup) plus stratégiques.

Selon Philippe Garcin, les règles du jeu du monde économique changent. Si jusqu’alors, on cherchait, dans les entreprises, à capter les meilleurs talents, voire les « capturer », on vise plutôt, aujourd’hui, à les captiver. « Comment captiver les talents ? C’est une belle formule pour signifier qu’il faut parvenir à projeter le salarié dans l’univers de l’entreprise », ajoute Philippe Garcin.

Il est particulièrement difficile de quantifier le nombre d’entreprises du département susceptibles de mettre en place ce mode de fonctionnement novateur. Très difficile également de savoir vers quels interlocuteurs se tourner pour obtenir des informations précises sur l’intrapreneuriat. Il semble que le phénomène en soit encore à ses débuts.

Attitude proactive

Ce qui résumerait, finalement, assez bien la philosophie de l’intrapreneuriat. Il ne s’agit pas d’une solution miracle. Mais elle permet (peut-être) d’offrir un outil de fidélisation supplémentaire. Car laisser du champ et de l’initiative à des collaborateurs, peut s’avérer largement enrichissant pour tous. Des idées, des envies nouvelles peuvent germer. Et cela concourt à éviter que les talents n’aillent chercher fortune ailleurs pour des idées pertinentes. « L’intrapreneuriat permet aussi d’attirer de nouveaux profils, ce qui impacte la capacité d’innovation de l’entreprise, permet de repérer des relais de croissance, de fidéliser des collaborateurs. Les relais de croissance viennent de l’intelligence collective. Chacun de nous veut apporter sa pierre à l’édifice », complète Philippe Garcin.

L’intrapreneuriat implique de laisser une grande latitude à son collaborateur pour mener à terme le projet qu’il porte. Le management s’en trouve implicitement bouleversé. À 55 ans, il n'était pas question pour Jean-Pierre Brunet d'investir toute son énergie dans un projet neuf, sur le modèle de management vertical. Pour lui, le recrutement de personnes volontaires aux idées brillantes est un véritable atout. « Il recrute des personnes qui ont envie de s'investir, témoigne Élise Brunet. Et ce ne sont pas des personnes que l’on va contrôler tous les jours ! À travers Zest, la volonté de mon père n'était pas d'être sur le dos de ses salariés, il cherche des gens autonomes. Et là on rejoint la philosophie de Zest, puisqu'on veut amener de l'eau et de l'énergie à ceux qui n'en ont pas. Il y a un côté humanitaire qui a du sens. »Pour Alexandre Duval, dirigeant de la coopérative Ain Geste d’avenir, « le schéma de l’intrapreneuriat modifie le rôle du chef d’entreprise, qui doit désormais manager les salariés à compétences entrepreneuriales et favoriser la cohabitation entre les personnes qui n’ont pas ou peu besoin de cadre, et celles qui ont besoin d’un cadre plus affirmé, sans crainte de part et d’autre. » Un enjeu pour aujourd’hui et très clairement pour demain.

« Une des clés du succès de l’intrapreneuriat, réside dans la volonté claire et ferme de l’employeur d’impulser le mouvement et de créer une ambiance qui permette à n’importe quel salarié de ne pas avoir peur et d’exprimer son projet. Beaucoup de salariés souhaiteraient exprimer leurs compétences. L’un des écueils de ce système, serait la non-sincérité du dirigeant », selon Philippe Garcin. Par ailleurs, le chef d’entreprise ne doit pas présupposer que tout salarié devienne intrapreneur. « Tout le monde n’est pas prêt, en raison de la personnalité, la culture, l’éducation… Non, certains ne sont pas mûrs pour entreprendre de cette façon. »

Et les PME ?

Cela va sans dire, toutes les structures n’ont pas les finances suffisantes pour attirer les meilleurs ingénieurs, que peut alors leur apporter l’intrapreneuriat ? Peuvent-elles sérieusement envisager cette solution ? « Je pense que toute taille d’entreprise, et peu importe son état d’avancement, peut opter pour l’intrapreneuriat. Par exemple, le projet Zest a été conçu sur ce modèle avec une petite équipe de salariés et les auto-entrepreneurs qui apportent leurs compétences. C’est une nouvelle logique d’entreprise non pyramidale pour l’avenir », commente Philippe Garcin. Selon lui, tout dépend aussi des moyens financiers alloués par le chef d’entreprise qui doit considérer ce nouveau management comme un investissement… pour des idées ingénieuses et un mode de fonctionnement novateur.

Un Zest d’intrapreneuriat : ça fonctionne

Le projet Anywere Zest repose sur la confiance en la capacité d’une poignée de salariés de réinventer l’entreprise. Zest, vous connaissez : il s’agit d’une start-up, filiale du groupe de travaux publics Brunet, à Ambérieu-en-Bugey. C’est également un exemple réussit d’intrapreneuriat. Élise Brunet, la fille du dirigeant, fait partie de l’équipe d’une dizaine de personnes investies en intraentreprise. Actuellement, les dix collaborateurs d’Anywere Zest sont salariés, et leur statut est une forme hybride à mi-chemin entre l’entrepreneuriat et le salariat qui inclut la notion de projet autonome.

« Pour nous, l’intrapreneuriat est une formule intéressante qui nous permet de lancer notre idée, d’être épanoui dans notre travail et en même temps, d’assurer un salaire et de ne pas gérer l’aspect administratif d’une création plus classique d’entreprise, résume Élise Brunet. On est encore quelques-uns à hésiter entre le statut d’entrepreneur pour devenir prestataire de Zest ou de conserver un salaire et en parallèle choisir d’être auto-entrepreneur. Actuellement, c’est vraiment sur cette question qu’on n’a pas de réponse. »

Le fait de développer une activité en parallèle de l’entreprise séduit aussi nombre de salariés. Au sein du groupe Brunet composé de 17 filiales et 400 collaborateurs, de nombreux salariés qui manient les pelleteuses s’interrogent sur les avantages à devenir prestataires, s’ils achètent eux-mêmes leur propre équipement. « Chaque mois, ils sont de plus en plus nombreux à pousser la porte des ressources humaines pour changer de statut, poursuit la jeune femme. Les gens ont envie d’être indépendants, d’être leur propre patron. » Une évolution des métiers, à laquelle les entreprises devront apporter des réponses rapidement. Pour la jeune femme, la société doit réfléchir maintenant à un nouveau modèle d’entreprise pour demain.

En un sens, l’intrapreneuriat implique une certaine loyauté de la part du salarié qui fait le choix de ne pas concurrencer son employeur. « Pour Jean-Pierre Brunet un marché qui est concurrentiel est un marché qui fonctionne. Chez Zest, on travaille sur le secteur de l’énergie, un marché qui va connaître un développement croissant dans les prochaines années. Dans ma communauté, je vais organiser des événements pour Zest et en proposer à d’autres. C’est justement cette flexibilité et cette agilité qui nous intéresse. Pour la direction, cela ne pose pas de problème », conclut-elle.


Par Myriam Denis et Sarah N’tsia

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