Interview / Michel Albrieux « Nous devons anticiper et embrasser le changement »

Interview / Michel Albrieux « Nous devons anticiper et embrasser le changement »
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Le patron d’Amphenol Socapex a été nommé, le 9 avril, président du pôle de compétitivité Mont-Blanc Industries, succédant à Étienne Piot. Portrait d’un visionnaire iconoclaste qui n’aspire qu’à une chose : mettre l’homme au cœur de l’entreprise.

Quel est votre parcours?

Expert-comptable de formation, j’ai commencé ma carrière à Lyon en tant qu’auditeur, avant d’être débauché, sept ans plus tard, par un de mes clients qui n’était autre qu’Amphenol Socapex. J’ai intégré l’entreprise en 1987 comme contrôleur de gestion, et j’y occupe, depuis 1999, le poste de directeur général.

Vous venez d’être nommé président du pôle de compétitivité Mont-Blanc Industries… Était-ce une volonté?

Cette nomination a été une réelle surprise, dans le sens où les personnes en place m’ont sollicité pour prendre la présidence alors que je ne m’étais pas présenté. Du reste, je suis très peu disponible du fait de mes fonctions, et un peu iconoclaste par certains côtés. Lionel Baud a su toucher la corde sensible en évoquant la nécessité de placer l’humain au centre de notre action. C’est un précepte auquel je crois profondément. Au-delà, j’ai accepté cette présidence car je suis admiratif de l’entrepreneuriat de Haute-Savoie, et de la vallée de l’Arve en particulier. Et aussi de ce que le Pôle – aujourd’hui représentant plus de 300 entreprises industrielles (PME et groupes confondus), totalisant 27000 emplois et un chiffre d’affaires supérieur à 5 milliards d’euros – a accompli, sous la gouvernance d’Étienne Piot (neuf ans à ce poste) et de Jean-Marc André, à qui l’on doit son développement à l’échelle nationale.

Dans la nouvelle gouvernance, vous êtes secondé par cinq vice-présidents ?

Étienne Piot reste au pôle et devient vice-président délégué. Quatre autres présidents ont été désignés. Lionel Baud, président du SNDEC, représente la filière du décolletage; Hervé Breleau, vice-président Industriel business Europe chez NTN-SNR, celle de la mécatronique ; Pierre Lathuille, président du Cetim-CTDEC, l’usinage ; et enfin Jean-Michel Pou, ambassadeur pour l’alliance du Futur, a en charge la filière numérique. Tous veulent retrouver une dynamique et surtout, chacun a exprimé la volonté de s’impliquer dans un travail collégial.

Quelles sont vos ambitions ? Et avez-vous dé ni un plan d’action?

J’ai des idées, mais pas de recette miracle. Si nous voulons travailler ensemble, il faut le faire tous ensemble. Il ne s’agit pas d’appliquer ce que je pense, mais d’avoir une réflexion commune et constructive.
Le monde bouge. Nous vivons un changement de société comparable à bien des égards à la Renaissance. L’avalanche des nouvelles technologies en est un exemple flagrant. De la même manière, le monde se complexifie. Cela veut aussi dire qu’il n’y a pas 36 solutions : il nous faut évoluer pour ne plus stagner dans un mode de fonctionnement classique, hiérarchique et lourd, voire conflictuel.

Justement, que préconisez-vous ?

Nous devons aller de l’avant, anticiper et embrasser le changement. Oui, il y a une rupture des technologies. Oui, les technologies “molles” – sous-entendu le management, les RH, la transition numérique – évoluent et prennent le pas sur les technologies dures. La fusion avec l’e-cluster auvergnat Efficience industrielle va dans ce sens. À notre époque, le travail en réseau est déterminant pour aller vite. Et le réseau, c’est la vallée de l’Arve, la Savoie, la Région et au-delà. Nous devons développer cette culture. Car aujourd’hui, ce ne sont plus les gros qui battent les petits mais les rapides qui battent les lents. C’est aussi une manière de contribuer à l’attractivité de notre territoire, en partant du principe que chaque entreprise a un rôle sociétal. Je crois aussi beaucoup au développement durable et à son triptyque économie, social et environnement.

Le pôle Mont-Blanc Industries ne cesse de s’étendre, au numérique… maintenant au médical. Ne craignez-vous pas de perdre votre identité ?

Le pôle doit maintenir et dépasser sa dimension décolletage et mécatronique, s’ouvrir, sans pour autant se disperser. On ne sera fort que si on sait se rapprocher de partenaires. Et le numérique en fait partie. En termes d’innovation de process notamment. À ce titre, l’e-cluster apporte une vraie valeur ajoutée. Le réseau forme une constellation qui sera le monde de demain. Tout l’enjeu résidera dans l’absence de gouvernance hiérarchique. Je suis pour les partenariats, mais pas pour la centralisation.

Miser sur l’attractivité de notre territoire, n’est-ce pas aussi une manière d’attirer les talents et les financements ?

Si nous voulons attirer et fidéliser les talents, notre territoire, à commencer par la vallée de l’Arve, doit être attractif. S’agissant des financements, nous ne pouvons pas tout attendre du politique, et tout n’est pas affaire d’argent. Le pôle continuera à supporter des projets de rupture qui nécessitent un partenariat avec des financeurs publics et privés. Mais il pourra aussi favoriser des projets interentreprises simples, agiles et frugaux.

D’où votre leitmotiv qui consiste à mettre l’humain au cœur de l’entreprise.

Sans l’homme, l’entreprise n’est rien. Aujourd’hui, il existe trop de distance entre le leader et l’opérateur, ce qui a pour effet de ralentir les prises de décision. Le dirigeant doit se mettre au service des équipes, quand ses équipes se mettent au service des clients. Autrement dit, il doit s’impliquer humainement et faire en sorte qu’elles aient une passion commune, un objectif commun.

Selon vous, à quoi ressemblera le pôle Mont-Blanc Industries demain ?

La mission du pôle ne peut être que consensuelle. Nous sommes à une période charnière. Un nouveau plan stratégique sera établi pour – comme je l’expliquais précédemment – aller de l’avant et anticiper l’avenir. Le pôle favorisera la compétitivité des entreprises pour que leur croissance soit forte, profitable et durable. Et il sera encore plus local, tout en étant plus visible hors de Haute-Savoie, grâce à la mise en place de partenariats pour contribuer à des projets collaboratifs de différentes échelles, tant financièrement que géographiquement.
En clair, il devra être exemplaire, tant dans son domaine que dans sa capacité à s’auto financer… Le pôle doit en effet être exemplaire dans son domaine pour être un pilier de son écosystème. Un autre défi consistera à viser l’excellence dans le travail collaboratif avec toutes les parties prenantes, à savoir les collaborateurs, partenaires, adhérents et la gouvernance. Il devra être lui-même compétitif, innovant et assurer sa capacité d’auto financement.

Enfin, on parle beaucoup d’Industrie 4.0… Comment se positionne la vallée de l’Arve?

La digitalisation est un enjeu majeur des années à venir, et un passage obligé pour les entreprises. C’est un changement lourd qu’il faudra conduire à bon escient, avec pragmatisme. Un des points clés sera de former tous les membres d’une entreprise à accepter et embrasser ce changement. Dans un futur proche, nous aurons à faire face à de nombreuses ruptures technologiques. À l’instar de celles liées à la résolution des problèmes climatiques, environnementaux ou à la rareté des ressources.
Dans les trois décennies, de nombreux matériaux pourraient ne plus être disponibles à des prix acceptables. Il nous faudra, là aussi, être dans l’anticipation et rechercher des solutions alternatives.


Propos recueillis par Patricia Rey


 

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